mardi 28 juillet 2009

RENCONTRE AVEC UNE FAMILLE D'ACCUEIL D'ENFANT BELARUSSE


Depuis presque vingt ans, les fédérations du Nord et du Pas-de-Calais du Secours Populaire Français organisent, pendant l'été, l'accueil de près de 250 enfants bélarusses des environs de Moghilev, une zone particulièrement touchée par les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl. Pour chacun d'entre eux, c'est l'occasion d'un séjour prophylactique et d'une rencontre avec une famille de la région. Portrait d'une famille d'accueil en milieu rural, à l'occasion de la visite d'une équipe du SPF.

C'est à Rodelinghem, près de Ardres, dans le Pas-de-Calais, chez Monsieur et Madame Ferrant, agriculteurs à la retraite, qu'a été accueillie cette année, pendant tout le mois de juillet, la petite Victoria. Pour elle, ce n'est pas tout à fait une première. Elle était déjà venue chez eux l'année précédente. Mais, à huit ans et demi, le voyage du Bélarus en France reste une aventure. Même si...

«Dimanche dernier, c'était la fête de la famille...»

«Dimanche dernier, c'était la fête de la famille explique, au milieu des rires et avec un air faussement bourru, Monsieur Ferrant aux interprètes bélarusses et aux membres du SPF du Pas-de-calais présents : «Ils y avait presque cent personnes ici. Mais, Victoria ne s'est pas du tout trouvée dépaysée.»
Après que Victoria ait fait visiter sa chambre aux traductrices et se soit entretenue avec elles – l'un des buts des visites du SPF aux familles est de faire le point sur les problèmes éventuellement rencontrés par l'enfant dans son contact avec la familles d'accueil -, la conversation s'engage avec cette famille habituée à l'accueil d'enfants et, quand ils étaient en activité - à la ferme, ils étaient éleveurs et cultivateurs - à l'accueil de jeunes en général.

«On essaye de tout faire pour que les enfants soient heureux»


«On essaye de tout faire pour que les enfants soient heureux souligne Madame Ferrant. On insiste pour que Victoria mange des légumes. Les fruits, il n'y a pas de problèmes, mais les légumes c'est plus difficile.» Un petit peu intimidée, Victoria, répondant à nos questions, confirme qu'elle est contente d'être là. Elle vient de passer une semaine à Bourbourg, en Flandre maritime, chez la fille de Monsieur et Madame Ferrant qui accueille par ailleurs, en famille, un enfant bélarusse en août pour la fédération du Nord du SPF.
Expliquant comment ils avaient pris connaissance de l'initiative du Secours Populaire Français, Madame Férrant raconte : «C'est dans la revue paroissiale de la commune que nous avons vu que des enfants Bélarusses avaient été accueillis pendant huit ans par une famille de la commune, différents enfants, à chaque fois pendant un mois. L'article se concluait par : - «Pourquoi pas vous ?» Nous avons pris contact avec cette famille et la décision d'accueillir un enfant bélarusse avec le Secours populaire a suivi.»

«Pas une butte de taupe...»

«Nous sommes allés en Bélarus l'année dernière témoigne Monsieur Ferrant : «Après soixante dix kilomètres de route depuis Moghilev et quatre-vingt de piste dans la forêt, nous nous sommes allés sur place, dans les régions les plus proches de l'explosion. Des kilomètres avec, de temps en temps, une ferme perdue dans la campagne. Dans un village qui apparaît, personne. Pas un oiseau. Des petits bouleaux rabougris. Dans cette région, ce sont des plaines et des forêts qui sont restées en l'état depuis le jour de l'explosion. Nous, nous sommes paysans. Dans les champs, on regarde les buttes de taupes. Pourquoi ? Parce que s'il y a des buttes de taupes, c'est qu'il y a du lombric. S'il y a du lombric, c'est qu'il y a de l'humus dans le sol. S'il n'y a pas d'humus, c'est que le sol est mort. Là, rien. Pas une butte de taupe...»
«D'abord, nous, nous connaissions Tchernobyl par les journaux précise Madame Ferrant : «C'est en parlant avec nos voisins qui avaient déjà été en Bélarus que nous avons pris conscience de la situation. De la situation sociale et économique du pays aussi. La moyenne du salaire en Bélarus, c'est 200 à 250 euros.»

Un dernier mot en Bélarus

Le bonheur des époux Ferrant et celui de Victoria sont sensibles. Après deux séjours passés dans cette famille, en France, la petite bélarusse a pris ses repères. «Elle comprend tout» assure Monsieur Ferrant, son «papy» selon les termes de Victoria. En tout cas, Victoria sait quelques mots de Français qu'elle sait utiliser quand elle se chamaille avec leur petit fils.
Un dernier en Bélarus pour conclure. Monsieur et Madame Ferrant ne connaissent pas la langue bélarusse. Sauf un mot qu'ils sont arrivés à retenir : «Mama». La «mama» que joint Victoria de temps en temps par téléphone – pas trop longtemps cependant - est au pays. Pas besoin de traduction. Le reste se dit avec les yeux.

Jérôme Skalski

Publié dans liberté 62 n°871

Publié dans La Terre n°3380

lundi 20 juillet 2009

LA SIGNATURE DU PROTOCOLE DE FIN DE CONFLIT EN "ATTENTE" CHEZ BOSAL ANNEZIN


Suite à l'audience du mardi 7 juillet au Tribunal de commerce d'Arras, deux possibilités étaient ouvertes concernant l'avenir de l'entreprise Bosal, équipementier automobile spécialisé dans la fabrication de pots d’échappement pour Renault et PSA en redressement judiciaire depuis le début de l'année et basé à Annezin, près de Béthune : la liquidation judiciaire pure et simple ou la reprise de l'activité commerciale par Daniel Cassier, directeur marketing de Bosal France.

La décision définitive du tribunal en faveur de la seconde option a été rendue publique le vendredi 10 juillet. En tout, ce sont 298 employés de Bosal Annezin qui receveront leur lettre de licenciement dans les jours à venir et seuls seront sauvegardés 88 emplois dont 20 sur le site même.

Près de 300 licenciements

Dans le cadre des négociations sur le protocole de fin de conflit entamées deux jours avant l'exposé de la décision judiciaire, la CGT avait accepté de lever son piquet de grève le jour de cette annonce afin se placer dans les meilleures conditions pour obtenir, selon Arnaud Buret, délégué CGT de Bosal Annezin , la prime de licenciement en faveur de laquelle l'organisation syndicale était et reste mobilisée. «Par contre, les autres syndicats ont maintenu leur piquet explique-t-il. Dans les négociations du protocole de fin de conflit, une prime d'un peu plus de 13 000 euros représentant la vente du bâtiment à Artois Com [la communauté d'agglomération de Béthune et Bruay qui s'était engagée à racheter les bâtiments de l'entreprise afin, tout d'abord, de soutenir une offre de reprise industrielle ndlr ] était en balance. Nous demandions aussi la non-poursuite des grèvistes et le paiement des jours de grève. Pour l'instant, l'administrateur est injoignable. C'est le silence radio total. Un premier occord était dans les tuyaux. Les autres syndicats ont refusé de le signer. Un autre accord, inférieur au premier, a été proposé. Pour l'instant, rien n'est signé. Nous, dans le mouvement, nous avions privilégié l'emploi. Avec la décision du Tribunal de commerce, cette position a été balayée par la volonté de Renault et Peugeot.»

Il était inutile de risquer de tout perdre

«Une des condition posée par l'administrateur, c'était que toute entrave à l'entrée dans l'usine soit levée continue Arnaud Buret . Pour nous, sachant la position de Renault et PSA, il était inutile de risquer de tout perdre et de voir Cassier faire volte-face en prétextant le bloquage de l'usine. Avec la décision du tribunal, le risque était trop grand. Les grands fautifs de la situation vont s'en sortir : Renault et Peugeot et Karel Bos, le patron de Bosal. De notre côté, nous sommes toujours sur la brèche mais, en dehors du piquet de gève.» Commentant la mobilisation actuelle chez New Fabris, équipementier automobile pour Renault et PSA basé à Châtelleraut, le syndicaliste conclut : «On retrouve les même protagonistes et le même schéma.»

Jérôme Skalski

Publié dans Liberté 62 n°870

dimanche 19 juillet 2009

LE GRAND TRUQUAGE

Comment l'Etat Sarkozy manipule les statistiques

Dans Le grand truquage, comment le gouvernement manipule les statistiques publié cette année aux édition La Découverte, un collectif d'une dizaine de statisticiens professionnels exprime son «indignation» et dénonce, par la force de l'analyse, l’objectif de l'actuel président de la République de contrôler au plus près l’information économique et sociale.

Nous ne trouverons pas Lorraine Data, l'auteur du Grand truquage, comment le gouvernement manipule les statistiques, dans l'annuaire. Et pour cause. Elle ne fait que prêter son nom à un collectif d'une dizaine de statisticiens, la plupart de «service public», qui, pour des raisons de prudence, ont préféré, malgré le clin d'oeil – «Lorraine» pour «Metz» où le gouvernement Fillon-Sarkozy entend délocaliser l'INSEE; «Data» pour les «données» qu'il cherche à «bricoler» -, garder l'anonymat. En publiant cette brillante et accablante analyse, leur intention est explicite. Il s'agit pour eux d'alerter l'opinion sur «les dérives de plus en plus inquiétantes qu'[ils] constatent dans la production et l'usage des statistiques» de la part du gouvernement actuel et «faire part de [leur] indignation face à ces dérives.»

Alerter l'opinion sur les dérives de plus en plus inquiétantes dans la production et l'usage des statistiques

Le tableau de ces «dérives» et «manipulations» mis en rapport, terme à terme, avec les thématiques de la «communication» gouvernementale est édifiant et saisissant. Associé au processus de tentative de mise au pas des satistiques publiques, il témoigne «avec la mise sous contrôle de la justice, l'asservissement de l'audiovisuel public, la mise en cause du droit d'amendement du Parlement, l'omniprésence médiatique [de Nicolas Sarkozy] et l'existence d'un véritable système de cour» de l'émergence d'un régime de gouvernement en contradiction de plus en plus flagrante avec les valeurs républicaines et démocratiques de notre régime politique. Mais le propos de Lorraine Data n'est pas seulement de l'ordre de la dénonciation. Il bat le rappel d'une résistance qui s'organise en faveur de «l'esprit du service public» et à laquelle s'associent ceux qui, de plus en plus, se sentent, en France, en étrange pays.

Une véritable typologie des techniques usuelles pour «accomoder les statistiques à la sauce gouvernementale»

Dans l'Introduction de leur ouvrage, les auteurs du Grand truquage décrivent une véritable typologie des techniques usuelles pour «accomoder les statistiques à la sauce gouvernementale». La première d'entre elle, la «plus prisée», consiste à «ne retenir que ce qui arrange» c'est-à-dire «à selectionner parmi différents indicateurs possible celui qui évoluera dans le sens souhaité et à ne plus communiquer que sur lui». Ce procédé, «le plus facile à mettre en oeuvre» aussi, est examiné dans le détail dans le chapitre consacré à l'analyse des «chiffres de la pauvreté» qui fourni «l'un des meilleur exemple de ce type de manipulation.» Mais ajoutent-ils «comme l'ont montré les pratiques autour du contrat nouvelle embauche (CNE), le gouvernement peut également jouer sur les différences qui peuvent apparaître lorsque plusieurs sources sont à l'origine d'un même indicateur, en retardant la publication des données qui lui sont moins favorables, voire en les censurant.»

Ecran de fumée et thermomètre faussé

Autre méthode, «utiliser un indicateur écran» «Alors que la question des inégalités est au coeur du débat politique explique Lorraine Data, un second type de manipulation «consiste en l'utilisation privilégiée de statisatiques qui masquent l'évolution réelle de ces phénomènes». Exemple type, la focalisation du discours gouvernemental sur l'indice des prix pour éviter d'engager le débat public sur «l'ampleur et la diversité des inégalités de revenus et de consommation dans notre pays.»
«Changer la façon de compter en gardant apparemment le même indicateur». Troisième procédé, celui qui consiste à fausser le thermomètre : «Piloter les données administratives à la base de certains indicateurs constitue une troisième méthode usuelle de manipulation statistique. Depuis quatre ou cinq ans, elle est particulièrement prisée par nos gouvernants, même si leurs prédécesseurs ne s'interdisaient pas totalement d'y recourir». Les différentes chapitres du Grand truquage «fourmillent d'exemples de modifications institutionelles et de changement de méthode de gestion des services publics dont l'objectif principal – mais bien sûr inavoué – est de modifier les statistiques dans un sens favorable à l'évaluation de l'action gouvernemental.» Premier exemple clé, les «chiffres du chômage» qui par voie de réaffectation de «certains demandeurs d'emploi dans une nouvelle catégorie» ont baissé, par la grâce de l'ANPE, entre 2005 et 2007. Autre exemple clé : les «chiffres de la délinquance». Ainsi, par exemple, «déqualifier un délit en contravention, rassembler plusieurs faits dans un seul enregistrement, retarder la transmission au-delà de la clôture mensuelle de l'enregistrement sont (...) d'efficaces moyens pour faire passer des milliers de petits délits à la trappe» et un ex-ministre de l'Intérieur et omniprésident pompier pyromane en «super-flic».
Quatrième et dernière méthode de «tripatouillage» gouvernemental des statistiques , «faire dire à un chiffre ce qu'il ne dit pas», c'est-à-dire procéder «à de véritable détournement de sens des statistiques», procédé dont l'efficace est démultipliée, notamment, par la complaissance , professionnelle, des grands médias et, complice, de leurs donneurs d'ordre.

«La politique du bla-bla ayant succédé à celle du bling-bling»

Si cette typologie des techniques usuelles pour «accomoder les statistiques à la sauce gouvernementale» est d'un grand intérêt dans l'ensemble et le détail, l'intérêt du Grand truquage est encore accru par la richesse et la précision des analyses. Dans chacune des sept contributions qui en constituent le contenu – «Pouvoir d'achat : le grand camouflage»; «Les chiffres de l'emploi et du chômage : petits arrangemments entre amis»; «Les heures supplémentaires : beaucoup de bruit pour rien»; «Réduire la pauvreté...en changeant d'indicateur»; «Education : silence dans les rangs»; «Immigration : controverses...dans un désert statistique»; «Comment fabriquer les bons «chiffres de la délinquance» ?» - c'est à un vétitable réquisitoire contre les contes et mécomptes du sarkozysme ordinaire et à leur démystification en règle que se livrent les auteurs du Grand truquage. Avec un souci de rigueur scientifique qui fait de cet ouvrage publié aux éditions La Découverte un vade mecum citoyen et militant de premier ordre pour tout ceux qui ont pris conscience que «la politique du bla-bla ayant succédé à celle du bling-bling», il est temps, grand temps, de briser, collectivement, l'élan réactionnaire de cette puissance politique.

Jérôme Skalski

mardi 14 juillet 2009

"CERTAINEMENT LE PLUS TERRIBLE MISSILE QUI AIT ENCORE JAMAIS ETE LANCE 0A LA TETE DES BOURGEOIS"


Dans ses Essais sur le théorie de la valeur de Marx (1924), s'appuyant sur une connaissance encyclopédique des oeuvres du fondateur du socialisme scientifique, Isaak Roubine met en évidence, dans Le Capital, la nécessaire articulation entre la théorie du fétichisme de la marchandise considérée comme la « théorie générale des rapports de production de l’économie marchande-capitaliste » et la théorie de la valeur.

Dans le deuxième chapitre de la première section du premier livre de son Capital, Marx écrit : «Au premier abord, la marchandise nous est apparue comme quelque chose à double face, valeur d'usage et valeur d'échange. Ensuite nous avons vu que tous les caractères qui distinguent le travail productif de valeurs d'usage disparaissent dès qu'il s'exprime dans la valeur proprement dite. J'ai, le premier, mis en relief – de façon critique- ce double caractère du travail représenté dans la marchandise», soulignant par cette remarque l'originalité de la théorie de la valeur qu'il développe dans son oeuvre et le point précis où celle-ci se démarque radicalement de la théorie classique, de celle qu'on appelle la théorie de la «valeur-travail». Or, par un destin singulier, la rigoureuse prise en compte de la distinction de ce «double caractère du travail présenté par la marchandise», travail «concret» d'une part et travail «abstrait» d'autre part, a souvent été négligée par les commentateurs du Capital et ceci aussi bien du côté des épigones de Marx que de celui de ses adversaires. Dans ses Essais sur le théorie de la valeur de Marx (1924) , Isaak Roubine prend le problème à bras le corps. Il l'associe explicitement à celui de la théorie du «fétichisme de la marchandise» et indique qu'il engage et implique la compréhension non seulement de la théorie du capital mais aussi de la méthode de Marx et de sa théorie générale.

Un problème pris à bras le corps


«Il existe un rapport conceptuel étroit entre la théorie économique de Marx et sa théorie sociologique, la théorie du matérialisme historique écrit Isaak Roubine dans l'Introduction de ses Essais : « Hilferding a fait remarquer, il y a des années, que la théorie du matérialisme historique et la théorie de la valeur-travail avaient le même point de départ : le travail comme élément fondamental des sociétés humaines, élément dont le développement détermine en dernière instance la totalité du développement social.» Nous rapportons la suite du texte de cette Introduction, texte clé, ci-dessous in extenso .

Une lecture exigeante et difficile

Ce long extrait la préface des Essais sur le théorie de la valeur de Marx d'Isaak Roubine donne en effet le «la» de la lecture qu'ils engagent : une lecture exigeante mais dont l'intérêt théorique et pratique s'impose au fil des pages de cet ouvrage «énorme» de densité. Loin des «modes d'emploi» de Marx plus ou moins «funny», les Essais sur le théorie de la valeur de Marx d'Isaak Roubine publiés cette année aux éditions Syllepse rappellent l'exigence réelle impliquée par l'étude de la théorie du capital : un effort tendu. «Dans toutes les sciences le commencement est ardu» ecrit, sans concession, un certain Karl Marx dans la préface de la première édition du Capital. Les lectures des Essais de Roubine et du Capital de Marx tiennent cette promesse, souvent amère, il faut l'avouer. Le jeu cependant en vaut la chandelle. Rappelant les conseils de Marx lui-même, Louis Althusser recommandait, pour lire Le Capital -«le plus terrible missile qui ait encore jamais été lancé à la face des bourgeois» selon les mots de Marx- , de «provisoirement mettre entre parenthèse toute la section I [du livre I ndlr] et commencer la lecture par la section II : « La transformation de l'argent en capital»». «On ne peut, à mon sens, ajoutait-il, commencer (et seulement commencer) de comprendre la section I, qu'après avoir lu et relu tout le livre I à partir de la section II. Ce conseil est plus qu'un conseil : c'est une recommandation que je me permets, avec tout le respect que je dois à mes lecteurs, de présenter comme une recommandation impérative.» Il concluait : «Chacun peut en faire l'expérience pratique.» Ce conseil est plus que précieux. La lecture des Essais sur le théorie de la valeur de Marx d'Isaak Roubine sera pour chacun un auxiliaire précieux dans son exploration de la première section du Capital.

Jérôme Skalski

Isaak Roubine, Essais sur le théorie de la valeur de Marx, Editions Syllepse, Paris, 2009. Prix 24 euros. www.syllepse.net

«L’activité de travail des hommes est dans un perpétuel changement, dont le rythme est tantôt plus rapide, tantôt plus lent, et elle revêt, à des époques historiques différentes, des caractères différents. Le procès de changement et de développement de l’activité de travail des hommes met en jeu des modifications de deux types : il y a tout d’abord des modifications dans les moyens de production et les méthodes techniques par lesquelles l’homme agit sur la nature, en d’autres termes il y a des modifications dans les forces productives de la société ; il y a d’autre part, en relation avec ces modifications, des changements dans toute la structure des rapports de production entre les hommes, entre les participants au procès social de production. Les formations économiques ou les types d’économie (par exemple l’économie esclavagiste antique, l’économie féodale, l’économie capitaliste) diffèrent d’après le caractère des rapports de production entre les hommes. L’économie politique théorique traite d’une formation économique et sociale déterminée : l’économie marchande-capitaliste.
L’économie capitaliste représente une union du procès matériel-technique d’une part, de ses formes sociales, c’est-à-dire de l’ensemble des rapports de production entre les hommes, d’autre part. Les activités concrètes des hommes dans le procès matériel-technique supposent des rapports de production concrets entre eux, et vice versa. Le but final de la science est la compréhension de l’économie capitaliste comme un tout, comme un système spécifique de forces productives et de rapports de production entre les hommes. Mais, pour atteindre ce but final, la science doit tout d’abord séparer, au moyen de l’abstraction, deux aspects différents de l’économie capitaliste : l’aspect technique et l’aspect socio-économique, le procès matériel-technique de production et sa forme sociale, les forces productives matérielles et les rapports sociaux de production. Chacun de ces deux aspects du procès économique est l’objet d’une science distincte. La science de la technologie sociale - encore à l’état embryonnaire - doit prendre pour objet de son analyse les forces productives de la société dans leur interaction avec les rapports de production. De son côté, l’économie politique théorique traite des rapports de production propres à l’économie capitaliste dans leur interaction avec les forces productives de la société. Chacune de ces deux sciences, ne s’occupant que d’un seul aspect du procès de production d’ensemble, présuppose l’autre aspect du procès de production sous la forme d’une prémisse implicite de sa recherche. En d’autres termes, bien que l’économie politique traite des rapports de production, elle présuppose toujours leur liaison indissoluble avec le procès matériel-technique de production et part toujours, dans sa recherche, d’un niveau concret et d’un procès de changement déterminé des forces productives matérielles.
La théorie du matérialisme historique de Marx et sa théorie économique tournent autour d’un seul et même problème : les relations entre forces productives et rapports de production. L’objet des deux sciences est le même : les changements des rapports de production dans leur dépendance à l’égard du développement des forces productives. Le procès d’ajustement des rapports de production aux modifications des forces productives - procès qui prend la forme d’un accroissement des contradictions entre les rapports de production et les forces productives, puis de cataclysmes sociaux engendrés par ces contradictions -, tel est le thème fondamental du matérialisme historique. L’application de ce cadre méthodologique général à la société marchande-capitaliste nous donne la théorie économique de Marx. Cette théorie analyse les rapports de production de la société capitaliste, le procès de leur modification tel qu’il résulte de la modification des forces productives et les contradictions croissantes qui s’expriment généralement par des crises. L’économie politique n’analyse pas l’aspect matériel-technique du procès de production capitaliste, mais sa forme sociale, c’est-à-dire l’ensemble des rapports de production qui constituent la «structure économique» du capitalisme. La technologie de la production -les forces productives- est comprise dans le domaine de recherche de la théorie économique de Marx seulement comme présupposé, comme point de départ, qui n’est pris en considération que dans la mesure où il est indispensable pour l’explication de l’objet réel de l’analyse, c’est-à-dire les rapports de production. La distinction logiquement établie par Marx entre le procès matériel-technique de production et ses formes sociales nous donne la clé de la compréhension de son système économique. Cette distinction définit dans le même temps la méthode de l’économie politique comme science sociale et historique. Dans le chaos varié et diversifié de la vie économique, qui représente une combinaison de rapports sociaux et de méthodes techniques, cette distinction oriente aussi notre attention précisément sur ces rapports sociaux entre les hommes dans le procès de production, sur ces rapports de production auxquels la technologie de la production sert de présupposé ou de base. L’économie politique n’est pas une science des rapports des choses aux choses, comme le pensaient les économistes vulgaires, ni une science des rapports des hommes aux choses, comme l’affirmait la théorie de l’utilité marginale, mais une science des rapports des hommes aux hommes dans le procès de production.
L’économie politique, qui traite des rapports de production entre les hommes dans la société marchande-capitaliste, suppose une forme sociale concrète d’économie, une formation économique concrète de la société. Nous ne pouvons comprendre correctement une seule affirmation du Capital de Marx si nous négligeons le fait que nous étudions des événements qui se déroulent dans une société spécifique. «De même que dans toute science historique ou sociale en général, il ne faut jamais oublier, à propos de la marche des catégories économiques, que le sujet, ici la société bourgeoise moderne, est donné, aussi bien dans la réalité que dans le cerveau, que les catégories expriment donc des formes d’existence, des conditions d’existence déterminées, souvent de simples aspects particuliers de cette société déterminée, de ce sujet […] . Par conséquent, dans l’ emploi de la méthode théorique [de l’économie politique] aussi, il faut que le sujet, la société, reste constamment présent à l’esprit comme donnée première» («Introduction à la critique de l’économie politique», Contribution, p. 170 et p. 166). Partant d’un présupposé sociologique concret, à savoir la structure sociale concrète d’une économie, l’économie politique doit tout d’abord nous donner les caractéristiques de cette forme sociale d’économie et des rapports de production qui lui sont propres. Marx nous donne ces caractéristiques générales dans sa «théorie du fétichisme de la marchandise», que l’on pourrait appeler, de façon plus appropriée, une théorie générale des rapports de production de l’économie marchande-capitaliste.»»

Isaak Roubine, Essais sur le théorie de la valeur de Marx, Introduction.

Publié dans Liberté 62 n°869

mercredi 8 juillet 2009

HUIS CLOS JUDICIAIRE SUR L'AVENIR DE BOSAL ANNEZIN

Au sortir du Palais de justice d'Arras, la cinquantaine de salariés de l'usine Bosal venus pour assister à l'audience du Tribunal de commerce devant statuer sur l'avenir de leur entreprise a rejoint le cortège automobile qui les avait conduit d'Annezin à la préfecture du Pas-de-Calais avec un sentiment de désarroi ou de colère rentrée.

HUIS CLOS, telle fut la formule adoptée mardi 7 juillet pour la dernière audience du Tribunal de commerce d'Arras visant à statuer sur l'avenir de l'entreprise Bosal d'Annezin près de Béthune.

Elle était sensée mettre un terme à une longue procédure qui a débuté en début d'année avec la décision prise par Karel Bos, PDG du groupe Bosal International, de déclarer l'usine d'Annezin en cessation de paiement. Le personnel de l'usine est en grève totale depuis le 15 juin. L'usine bloquée et occupée.

Huis clos


Certains étaient venus en famille pour assister aux débats. Personne, pas même la presse, hormis le représentant du personnel de l'entreprise, n'aura pu le faire. La colère rentrée, malgrè le caractère dramatique de l'enjeu, consignes de retenue avaient été données. Finalement, la réponse du tribunal a été reportée au vendredi 9 juillet. Interdite d'entrer en salle d'audience, après avoir attendu calmement plus d'une heure et demi dans la cour d'un Palais de justice cerné par les forces de police, la cinquantaine de salariés de Bosal qui s'étaient déplacée sur les lieux en délégation a rejoint le cortège automobile qui devait les ramener à Annezin avec une seule certitude, celle d'au moins 298 suppressions d'emploi sur les 435 que comptait l'équipementier automobile spécialisé dans la production de pots d'échapement. A la sortie du tribunal, le représentant du personnel de Bosal n'a fait aucune déclaration. Attitude surprenante motivée selon certains salariés présents sur les lieux par une obligation de discrétion imposée aux manifestants par les adminstrateurs. C'est seulement plus tard, dans l'usine d'Annezin, que compte rendu a pu être fait à la presse des débats et des décisions prises.

Disqualification de l'offre de reprise par Cintrax

La nouvelle était tombée lundi au cours d'un Comité d'Entreprise extraordinaire. L'offre de reprise par Cintrax, reprise portant à la fois sur une partie de l'activité industrielle et de l'activité de distribution de l'entreprise était retirée du fait du refus par la direction de lui accorder l'utilisation des licences Bosal. L'offre de reprise de Cintrax était susceptible de préserver 141 emplois sur le site. Restaient deux décisions possibles, la liquidation judiciaire pure et simple ou la reprise de l'activité commerciale par Daniel Cassier, directeur marketing de Bosal France, avec une trentaine de salariés sur place et une cinquantaine d'autres pour travailler sur divers sites un peu partout en France. Dans les deux cas de figure, la fin de la production de pots d'échappement et la perte de leur emploi pour une très grande majorité des salariés de Bosal Annezin.

Une «magouille»


«L'offre Cintrax n'a pas été retenue. Aujourd'hui, nous dénonçons la magouille qui a eu lieu entre Daniel Cassier et Karel Bos a souligné Fabrice Caron, représentant du personnel pendant l'audience et secrétaire UNSA ( majoritaire) du CE, au cours de son intervention devant les médias. La direction a fait en sorte de ne pas étayer le dossier de Cintrax. Sans que les licences Bosal lui soient accordées, Cintrax n'a pas pu finaliser son dossier et, de fait, n'a pas été suivi par les financiers. A l'heure actuelle, c'est donc l'offre de Daniel Cassier qui a le plus de chance d'être retenue. Aujourd'hui, ils ont ramené des attestations en disant qu'ils voulaient garder le service de distribution de Bosal étant donné la satisfaction des clients par rapport aux livraisons. Il faut savoir que ces attestations, ils les ont eu en les engraissant avec des cheques et tout cela pour faire connaître la marque Bosal en plein redressement judiciaire. Une attitude innaceptable. Par un prête-nom qui s'appelle Daniel Cassier, notre ancien patron peut donc sortir par la grande porte et rentrer par la petite.»

Renault et PSA en flagrant délit de mauvaise foi

Dans la mise «hors jeu» de l'offre de Cintrax, les syndicalistes de la CGT voient une manoeuvre coordonnée des constructeurs et donneurs d'ordre Renault et Peugeot ainsi que de la direction de l'équipementier Bosal. «Une déclaration des avocats de Renault et PSA pendant l'audience, déclaration selon laquelle il leur aurait fallu plus de temps pour participer à une table ronde afin de trouver une solution industrielle a été rapportée au cours de l'assemblée des salariés et nous a tous fait bondir explique, mardi soir devant l'usine, Arnaud Buret, délégué de la CGT chez Bosal. Il y a maintenant une semaine, une réunion s'est déroulée entre pouvoir publics et politiques, à Lille, avec des représentants d'Artois Com [la communauté d'agglomération de Béthune et Bruay qui s'était engagée à racheter les bâtiments de l'entreprise afin de soutenir une offre de reprise industrielle ndlr], l'Etat et de la Région. Invités à cette réunion, Renault et Peugeot n'ont pas daigné se déplacer. Nous, dans la situation où nous étions placés, nous avions une préférence pour l'offre de Cintrax, une offre qui avait l'avantage d'être un projet industriel porteur d'un projet de diversification qui aurait permis de sauvegarder 141 emploi et peut-être même, à terme, d'en créer et, en tout cas, de sauvegarder sur place du savoir faire.»

Une manoeuvre coordonnée

«La mise hors jeu d'un projet industriel chez Bosal est le fait de Renault et Peugeot» souligne avec insistance Jacques Delelis de l'Union locale CGT de Béthune. «Alors que, précise-t-il, Renault et Peugeot, selon les déclarations de Sarkozy, sont sensés recevoir des fonds publics pour préserver le tissu industriel. Comme ces fonds ne sont pas pas attribués sous conditions, en fait, ces fonds sont utilisés pour organiser des transfert d'activités vers des pays «low cost». Le cas de Bosal est exemplaire de ce point de vue et les salariés de Bosal en sont tout à fait conscients. A Annezin, cela fait des années qu'il n'y a plus d'investissements.»

Actuellement, à 150 kilomètres de Moscou, Bosal International investit et étend ses capacités de production sur un site dont l'extension laisse loin derrière elle celle du site d'Annezin. Mardi, à grand renfort de force de police – BAC, CRS, RG...- pour veiller au «calme» des salariés de Bosal Annezin considérés comme coupables de perdre leur emploi et de manquer d'enthousiasme pour saluer la «joint venture» de Bosal International, Renault et PSA vers l'est européen. Au plus grand profit du capitalisme «refondé» à droite et plus si affinités. Avec la bénédiction du gouvernement Fillon-Sarkozy donc... Pas besoin de faire un dessin. Pas besoin de grill.

Jérôme Skalski

samedi 4 juillet 2009

LES SEPT PECHES D'HUGO CHAVEZ

Conférence de Michel Collon à propos de son ouvrage, Les sept péchés d'Hugo Chavez - Conférence des Amis du monde Diplomatique, Montpellier, le 15 mai 2009 :

http://www.dailymotion.com/video/x9ee42_michel-collon-les-7-peches-de-chave_news


Au sujet du livre de Michel Collon :

http://venezuelatina.com/2009/05/09/les-7-peches-d-hugo-chavez/

CHAVEZ, LEADER DE LA CONTESTATION MONDIALE

Dans l'émission de France 3 "Ce soir ou jamais" du 16 novembre 2008, Michel Collon, à propos de Chavez.

lundi 29 juin 2009

BAISSE DU PRIX DU LAIT-"LES PRODUCTEURS EUROPEENS DE LAIT SONT MIS EN CONCURRENCE LES UNS CONTRE LES AUTRES"


A en croire son bruit médiatique actuel, la mobilisation des producteurs contre la baisse du prix du lait semble être retombée. En fait, la colère des producteurs de lait reste entière. Engagée dans un processus d'interpellation de l'opinion publique et de structuration sur le long terme du mouvement, la Confédération Paysanne organise un peu partout en France réunions et conférences de presse. Pour le Nord et le Pas-de-Calais, Antoine Jean, porte parole régional de la Confédération Paysanne répond aux questions de Liberté 62.


Liberté 62 : «Récemment de nombreux producteurs de lait se sont mobilisés pour dénoncer publiquement la baisse du prix du lait. Quelle est l'origine de cette situation ?»


Antoine Jean : «La question du prix du lait n'est pas un problème franco-français. La baisse du prix du lait d'aujourd'hui est d'abord due à la politique engagée par la Commission Européenne avec l'aval des ministres français de l'agriculture. Depuis quelques années, une libéralisation de la production agriciole en général, mais surtout de la production du lait avec en ligne de mire l'arrêt des quotas laitiers pour coller à un marché mondial tantôt à la hausse tantôt à la baisse, tire l'ensemble des produits agricoles et en particulier des produits laitiers vers le bas. Nous, notre message, c'est qu'il faut maîtriser la production, adapter l'offre à la demande sur le long terme c'est-à-dire à la réalité de la consommation européenne et arrêter de baser une politique complète sur le marché.»

Liberté 62 : «En quoi le politique de l'Union Européenne est-elle en cause ?»

Antoine Jean : «La Commission Européenne a engagé l'arrêt des quotas pour 2015 avec une augmentation progressive de la production depuis deux ans. A peine engagée, cette politique produit des dégats considérables. Le prix actuel pour 1000 litres de lait tourne autour des 240 euros. Nous, nous disons qu'il n'est pas possible de vivre à ce niveau de prix. Pour l'Institut de l'Elevage aujourd'hui, 1000 litres de lait coûte entre 320 et 350 euros à produire. L'accord signé par la branche laitière de la FNSEA établit le prix du lait à 280 euros les 1000 litres. C'est scandaleux ! C'est comme si un syndicat de salariés signait un SMIC négatif.»

Liberté 62 : « Comment interprétez vous l'attitude de la FNSEA qui d'une part signe un tel accord et qui, d'un autre côté, se retrouve dans les mobilisations ?

Antoine Jean : «La FNSEA a signé cet accord au niveau de l'interprofession, interprofession sur laquelle ils continuent de garder la main sans partage. Pour eux, il s'agissait de se maintenir en place et de donner un coup de main à Michel Barnier, ministre de l'Agriculture et candidat à la veille des élections européennes. Ce n'est pas nouveau de la part de la FNSEA : engager des gens sur le terrain et signer des avis contraires. Aparemment, leur base syndicale a très mal pris cette attitude et bon nombre de producteurs sont venus sur des barrages à l'appel de la Confédération Paysanne ou de la Coordination Rurale pour dénoncer cet accord qui nous mène droit dans le mur.»

Liberté 62 : « Quel est l'état de la mobilisation actuellement ?»


Antoine Jean : « La mobilisation dans le Nord et le Pas-de-Calais, actuellement, est assez faible. En déplaçant le problème sur la grande distribution, la FNSEA a réussi à désorienter les producteurs de lait du fait qu'elle avait signé un mauvais accord. Mais, de ce point de vue, il n'y avait rien de nouveau. Pour ce qui nous concerne, cela fait 20 ans que nous dénonçons les marges scandaleuses faites par la grande distribution sur le dos des producteurs et des salariés. Sur le terrain, nous sommes engagés dans un processus d'information. Des conférences de presse ont été organisées un peu partout dans la région. Dans d'autre départements, dans la Loire par exemple ou dans l'ouest, régions plus spécialisées dans la production laitière que la Nord, le terrain reste occupé. Dans le Nord et le Pas-de-Calais, c'est plus difficile. L'Association des Producteurs de Lait Indépendants organise actuellement des réunions un peu partout en France pour proposer une grève du lait début juillet afin de destabiliser la collecte et obliger les collecteurs de lait à négocier. Pour ce qui nous concerne, nous n'y croyons pas trop du fait de la situation des producteurs de lait déjà confrontés à d'énormes problèmes de trésorerie. Mais, si une grève du lait s'engage effectivement, pour nous, il faudra bloquer les grosses unités laitières. Derrière toute la politique actuelle du lait en effet, il y a un processus de restructuration important et de concentration en faveur des grandes unités de production avec de gros troupeaux qui se créent et derrière chaque crise comme celle que nous vivons en ce moment, ce sont des produteurs qui disparaissent. Pour nous, il faut insister sur ce point : le problème doit se régler au niveau européen. Il ne peut pas se régler uniquement au niveau français. Récemment, nous avons eu écho d'une grosse coopérative laitière qui faisait venir du lait d'Allemagne parce qu'il était encore moins cher. Tous les producteurs européens de lait sont mis en concurrence les uns contre les autres et toujours sur le principe du moins disant. Cette semaine, au niveau de la Confédération Paysanne, une commission «lait» se réunit au niveau national. Une autre réunion se déroule à Paris avec la Via Campesina européenne pour discuter des actions à mettre en oeuvre et faire des propositions au niveau de la Commission européenne pour la faire changer de politique.»

Propos recueillis par Jérôme Skalski

Publié dans Liberté 62 n°867 p 7

VICTOIRE DE LA GREVE DES SALARIES DE RETTIG-FINIMETAL

Après quatre jours de mobilisation contre la remise en cause de leurs accords sur les 35 heures par la direction de leur entreprise, les salariés de Rettig-Finimétal de Biaches-Saint-Vaast ont obtenu satisfaction sur leurs revendications.

A l'appel de la CGT, le mouvement de grève et de mobilisation des salariés de l'entreprise Finimétal de Biaches-Saint-Vaast contre la remise en cause de leur accord sur les 35 heures par leur direction s'est engagé lundi 15 juin à 14h00. Il a mobilisé plus de 90% des 200 employés et ouvriers de cette entreprise du groupe finlandais Rettig spécialisée dans la fabrication de chauffages et de sèche-serviettes. Jeudi 18 juin dans l'après midi, il s'est achevée sur une victoire totale des salariés avec un accord de fin de conflit donnant entière satisfaction aux revendications portées par les personnels en grève.

Une victoire totale


Pratiquement, la dénonciation de l'accord local sur les 35 heures par la direction de Rettig-Finimétal se ramenait à «reprendre» 31 jours de travail aux salariés. Dans le détail, à faire passer la journée de travail de huit à sept heures et vingt minutes en supprimant la rémunération des vingt minutes de pause déjeuner. A la clef, selon la CGT de Rettig-Finimétal, la suppression programmée d'une trentaine d'emplois. «Au terme de ce mouvement, les grandes lignes de nos acquis sociaux sont conservés explique Christian Orlowiez, délégué syndical CGT chez Finimétal : « Nous continuerons à faire des journées de huit heures de travail, nous conservons nos RTT, nous repartons sur la base de 200 jours de travail dans l'année, nous gardons notre pause payée, nous conservons nos trois jours de repos compensateur et notre lundi de ducasse [férié ndlr].»

Un mouvement est allé crescendo


Au cours de ces quatre jours de mobilisation, le mouvement est allé crescendo avec arrêt des unités de production, arrêt de l'activité des dépots, piquet de grève et action de masse. Sur les lieux, militants de l'Union Départementale CGT, de l'Union Locale CGT ainsi que de l'USTM-CGT sont venus manifester leur solidarité auprès des grèvistes. Mercredi, une manifestation était organisée devant les bureaux de la direction pour réclamer une réunion et l'ouverture de négociations. A ce moment, pour la direction, une réunion n'était envisageable que pour le 3 juillet. «Le lendemain, nous avons remis la pression explique Christian Orlowiez. La direction a fini par accepter de nous recevoir et après plusieurs rencontres organisées au cours de la journée nous avons abouti, jeudi soir, à un protocole de fin de conflit.»
Satisfaits par la réussite de leur mouvement, les salariés et la CGT de Rettig-Finimétal restent vigilants.

Jérôme Skalski

Publié dans Liberté 62 p 7

LE SPF DU PAS DE CALAIS PREPARE LA TRENTIEME ANNIVERSAIRE DE LA JOV


La Journée des Oubliés des Vacances organisée par le Secours Populaire Français du Pas-de-Calais sera fêté en grand cette année. Le mercredi 26 août prochain, près de 3 000 personnes sont attendues au parc d'Olhain pour participer à une journée de plein air mêlant spectacles, activités sportives et de loisir. Pour que «les droits de l'enfant grandissent les hommes», cet anniversaire est associé à celui de la signature de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant qui souffle, en 2009, ses vingt ans.

Le programme de la prochaine édition départementale de la Journée des Oubliés des Vacances (JOV) a été présenté à la presse mardi dernier dans le cadre du parc d'Olhain où elle sera organisée avec le soutien du Conseil Général du Pas-de-Calais, sur 110 hectares, le 26 août prochain.

Un programme impressionnant

Un programme et un objectif - faire participer pas moins de 3000 personnes à cette journée de vacances - impressionnants. La liste des activités sportives et de loisir proposées parle d'elle même : piscine, parcours VTT, speed ball, tir à l'arc, parcours d'orientation, boxe, athlétisme, mini-moto, multisport, mini-golf, poney, acrobranche, tennis... Encadrées par des moniteurs de la Fédération Sportive et Gymnique du Travail, elles feront la joie des enfants et des parents...courageux.

Spectacles de qualité et tournoi de chevalerie

Pour souffler un peu, spectacles et animations scanderont cet événement depuis la séance de maquillage pour les enfants au concert de variété de Dorys Verdy en passant par un bal musette. Une animation déambulatoire de sculpture de ballons, de jonglage, de bulles de savon et de tours de magie sera assuré par la compagnie Elixir Spectacles. Autre moment forts de la future JOV : deux spectacles de la Compagnie Art Questro qui feront se plonger familles et enfants dans l'atmosphère , en vrai, des joutes chevalresques du Moyen-Age. Des enfants tiré au hasard parmi le public seront initiés à l'art de la chevalerie. Tous pouront assister, en toute sécurité, à la reconstitution d'un véritable tournoi avec chevaux au galop et chevaliers en armure.

Les droits de l'enfant mis à l'honneur

Associée au vingt ans de la signature de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant, la trentième édition de la JOV organisé par le SPF du Pas-de-Calais, mettra les droits de l'enfant au premier plan de sa démarche éducative dans le cadre d'ateliers «Copain du Monde», «pour que les enfants deviennent acteurs de la solidarité». Cette démarche s'inscrit dans la préparation des Etats Généraux Populaires de la Solidarité pour les Droits de l’Enfant qui auront lieu en octobre prochain.
Cette journée qui se déroulera de 10 à 18 heures sera précédée par la distibution d'un panier pique-nique et d'un goûter. Le transport sur les lieux sera effectué par bus depuis de nombreuses villes du département. Les inscriptions pour l'édition 2009 de la JOV s'effectuent auprès des Permanences d'Accueil et de Solidarité du SPF du Pas-de-Calais.

J.S.

Publié dans Liberté 62 n°867 p 6

mardi 23 juin 2009

LES CH'TIS FETENT LA TERRE


Marche campagnarde, visite d'un élevage de cochons, stands associatifs, interventions politiques, repas en plein air, débat, concerts... Le programme de la première fête du journal La Terre organisée par la cellule Marc Lanvin de la section d'Arras se voulait placé sous le signe de la convivialité et d'un militantisme ouvert sur les questions environementales dans leur articulation aux questions sociales. Pari tenu. Une première qui est appelée à renouveler son succès.


Ils étaient près de 150 à participer, ce samedi 13 juin, à la journée festive du journal La Terre organisée dans la campagne arrageoise par la cellule Marc Lanvin de la section d'Arras. Près de 150 personnes sous le soleil, soit une cinquantaine en plus de celles attendues. Ce succès explique sans doutes certaines difficultés rencontrées au cours de l'événement, difficultés heureusement surmontées grâce au dévouement des militants communistes de la section arrageoise engagés sur le pont et, il faut aussi le souligner, de ceux venus en nombre du Nord, pour le coup de main.

Le soleil était au rendez-vous


Le soleil était au rendez-vous. Avec, entre autres, deux biaux cochons grillés pour de bielles assiettes, la joie des papilles aussi. Mais l'aspect convivial de la première fête Ch'ti du journal La Terre tenait aussi à ses ambitions politiques. Outre la présence militante de Colère du Présent et de l'AFPS, pendant près de deux heures et demi, ce sont près de 60 personnes qui ont participé au débat organisé autour du livre Planète Alimentaire, l'agriculture française face au chaos mondial de Gérard le Puill. Ce débat était animé par son auteur, rédacteur à La Terre et à L'Humanité, par Daniel Dewalle, maire PCF de Houdain ainsi que par Xavier Compain, ex-président du Modef et responsable national sur les questions de l’agriculture et de la pêche au PCF.

Une fête en musique...

En soirée, c'est en musique et avec un concert de Jef Kino que s'est achevée la première fête de La Terre, événement qui a été, en outre, l'occasion de cloturer la campagne électorale européenne et de saluer la réélection de Jacky Hénin, tête de liste communiste du Front de Gauche au Parlement de l'UE pour la région Nord-Ouest.
J.S.

Publié dans Liberté 62 n°866 page 8

LES SALARIES DE FINIMETAL MOBILISES CONTRE LA DENONCIATION DE LEUR ACCORD 35 HEURES


Depuis lundi, 90% des salariés de Finimétal à Biaches-Saint-Vaast sont en grève pour sauvegarder les acquis de leur accord 35 heures. Jeudi matin, ils restaient toujours plus déterminés dans leur revendication.

Deux mouvements sociaux massifs en moins de quatre mois chez Finimétal, entreprise du groupe finlandais Rettig installée à Biache-Saint-Vaast et spécialisée dans la production de sèche-serviettes et de chauffages. En février, ils étaient 90% des 200 salariés de l'usine à se mobiliser contre le gel des augmentations de salaire «proposé» par la direction dans le cadre des négociations salariales annuelles (voir Liberté 62 n°849). Depuis lundi, ils sont la même proportion et le même nombre d'employés et d'ouvriers à faire grève à l'appel de la CGT contre la dénonciation par la direction de l'accord local sur les 35 heures.

«Pratiquement ce sont 31 jours sur 200 dans l'année que la direction veut nous reprendre»


«Pratiquement, explique Christian Orlowiez délégué syndical CGT chez Rettig, ce sont 31 jours sur 200 dans l'année que la direction veut nous reprendre et, à terme, ce qui est visé, c'est une trentaine de postes dans l'entreprise.» «Mercredi matin, nous avons organisé une action de masse devant les bureaux de la direction continue-t-il. Dépôt et production sont à l'arrêt. Pour le moment, la direction refuse de nous recevoir et affirme qu'elle ne négociera que si nous cessons notre mouvement, exactement ce qu'elle nous disait en février.»

Changement d'ambiance chez Finimétal


Pourquoi un tel changement d'ambiance chez Finimétal, entreprise qui jusque récemment n'avait pas connu de tel mouvement de masse de ses salariés ? Pas de problème du côté des commandes, pas de problème du côté de la «santé» du groupe Rettig, multinationale familiale florissante. Ici, pas de «crise» mais, confient ouvriers et employés de Finimétal sur le piquet de grève, l'arrivée récente d'un «nettoyeur» à la DRH. Bref, des appétits de profits du côté de la direction du groupe qu'une mobilisation déterminée entend faire plier.

Jérôme Skalski

Publié dans Liberté 62 n°866 page 8.

JOUR J SOLIDAIRE

Franc succès...

L'AFFAIRE DES CINQ "L'UN DES PLUS GRAND SCANDALE JUDICIAIRE DU XXIème SIECLE"

Signé par une quinzaine de personnalités de renommée internationale – écrivains, journalistes, avocats, professeurs, dont, Noam Chomsky, Howard Zinn et Ingnacio Ramonet -, Washington contre Cuba, un demi-siècle de terrorisme – L'affaire des Cinq, recueil d'articles publié au Temps des Cerises sous la direction de Salim Lamrani, est un livre de combat en faveur de la vérité, de la justice et des droits humains. Son objectif, «offrir au grand public les outils historiques qui lui permettront de formuler un jugement pertinent sur l'un des pans les plus anachroniques et cruels de la politique étrangère des Etats-Unis».

«Quoique les Etats-Unis commettent des actions totalement indéfendables du point de vue de la morale et de la justice, il existe dans mon pays, par malheur, une espèce de dépendance psychologique et politique insurmontable envers eux, malgré les cinquante années écoulées depuis que les troupes nord-américaines nous aidèrent à nous libérer du fascisme. Une espèce de myopie qui ne permet pas de voir la vérité en face et perpétue, sans plus de justification, une idée de la démocratie que la culture des Etats-Unis depuis le cinéma jusqu'au jazz, depuis la grande littérature moderne jusqu'au sport, depuis le théâtre d'avant-garde jusqu'au rock&roll, nous a transmise en nous conquérant» explique Gianni Mina, journaliste italien et collaborateur du journal La Repubblica dans le chapitre qu'il consacre à «L'affaire des Cinq» dans Washington contre Cuba, un demi-siècle de terrorisme. A considérer, en France, le caractère le plus souvent unilatéral et partial des «informations» diffusées par nos «grands médias» concernant l'histoire et l'actualité des relations américano-cubaines, leur silence à propos des «Cinq» – médias de «gauche» inclus – , ce jugement porté sur l'Italie semble indéniablement pouvoir être importé en-decà des Alpes.

Une espèce de dépendance psychologique et politique insurmontable envers les Etats-Unis


Evoquant son implication dans «L'affaire des Cinq» au début des années 2000, Gianni Mina écrit : «En Italie, en raison de ma profession de journaliste, j'ai essayé plusieurs fois d'attirer sur ce cas l'attention de tous les gouvernements qui se sont succédés, celle des partis politiques, en particulier ceux de gauche et des grands médias, mais sans résultat tangible». Concluant, il exprime son espoir de voir cette «histoire censurée» portée enfin à la conscience du plus grand nombre et que cesse l'injustice subie par les «Cinq» et le peuple cubain. En fait, la force de la «censure» témoigne de la force du «censuré» : il lui suffit de passer à la conscience pour que s'impose, à la femme et à l'homme de bonne volonté, l'acte qu'il appelle et exige. Car qu'est-ce que «L'affaire» des Cinq» ? Ignacio Ramonet du Monde diplomatique – auteur du chapitre «Miami, nid de terroristes» dans Washington contre Cuba, un demi-siècle de terrorisme - la qualifie sans ambage, rien moins que «l'un des plus grand scandale judiciaire de ce début du XXIème siècle».

Un procès kafkaïen


L'avocat d'Antonio Guerrero - l'un des «Cinq» -, Leonard Weinglass – connu en outre comme le défenseur d'Anthony Russo dans l'affaire des Dossiers du Pentagone, d'Angela Davis, de Jane Fonda ou encore de Mumia-Abu-Jamal – résume dans Washington contre Cuba, un demi-siècle de terrorisme les circonstances, les conditions et le déroulement du «Procès des Cinq cubains».
«Cinq Cubains, qui devaient plus tard être connus comme les Cinq, ont été arrêté en septembre 1998 à Miami, en Floride, et accusés de 26 violations des lois fédérales des Etats-Unis écrit-il. Parmi celles-ci 24 constituent des délits de caractères techniques et relativement mineurs (...) Aucun des chefs d'accusation ne comprenait d'utilisation d'armes d'acte de violence ou de desctruction de bien.» Les deux chefs d'accusation principaux qualifient leurs actes de «conspiration».

Dix-sept mois de confinement en cellule disciplinaire et de mise au secret

Il poursuit : «Au cours de 17 mois qui ont précédé le procès et alors qu'ils étaient encore présumés innocents, les Cinq ont été confinés en cellule disciplinaire et mis au secret, ceci dans le but de les amenés à plaider coupable au moyen de cette intimidation. Généralement ces cellules sont réservées aux délinquants de droits communs qui violent les règles de la prison. Les Cinq n'ont pas cédé mais cela a limité leur possibilité de préparer leur défense. Avant l'arrestation des Cinq, s'efforcant de réunir des peuves contre eux, les agents du gouvernement des Etats-Unis ont perquisitionné 5 fois chez eux sans mandat (...) Le gouvernement a frappé du sceau du secret tout les documents saisis (...) Il a ensuite refusé, après une réunion à huis-clos avec la juge, de remettre certains de ces documents à la défense comme l'exige la loi.»
«Au cours de la procedure de la séléction du jury, précise Leonard Weinglass, les procureurs se sont livrés à une épuration ethnique : ils ont éxclu tout un groupe de jeunes afro-américains critiques et les ont remplacé par des afro-américains plus âgés et susceptible d'être plus influencables. De fait, les procureurs ont agit sans éthique en rappelant, au début des audience, que ce procès était une question «de nous contre eux» et, ensuite, ont proféré de nombreux commentaires déplacés, peu conformes à la déontologie, propos qui se sont terminés par une diatribe, répétée à trois reprises, sur le fait que les Cinq étaient venus de Cuba «pour détruire les Etats-Unis».»

Les douze membres du jury ont déclaré les Cinq coupables sans poser une seule question ou demander une nouvelle lecture des témoignages

«Le procès a commencé à la fin de l'automne 2000 continue l'avocat d'Antonio Guerrero, il s'est terminé sept mois après, en juin 2001, c'est-à-dire qu'il a été le procés le plus long de l'histoire des Etats-Unis jusqu'à présent. Plus de 70 témoins ont défilé à la barre (...) Le déroulement du procès représente 119 tomes de transcriptions, outre 15 tomes de déclarations et de témoignages utilisés avant le procès. Plus de 800 preuves, certaines de plus de 40 pages, ont été produites. Le dossier était énorme. Début juin 2001, les douze membres du jury ont déclaré les Cinq coupables des 26 chefs d'accusation, sans poser une seule question ou demander une nouvelle lecture des témoignages, ce qui est très surprenant dans le cas d'un procès aussi long et complexe que celui-ci. En décembre 2001, la juge a édicté les peines maximales pour le Cinq (...) : Gerardo ández a été condamné à deux fois à la détention à vie, Antonio Guerrero et ón Labañino à la prison à vie, Fernado ález à 19 ans de prison et René ález à 15 ans.»

La mission des Cinq n'étaient pas d'obtrenir des secrets militaires étatsuniens, mais de surveiller les activités terroristes des mercenaires et d'en informer Cuba


Et Leonard Weinglass d'évoquer le contexte de ce «procès» aux allures kafkaïennes : «Les Cinq, originaires de Cuba, sont arrivés aux Etats-Unis après des années de violence exercées par des mercenaires armés appartenant à la communauté des exilés cubains de Floride. Cuba subit des pertes humaines considérables et d'importants dégats. Les protestations du gouvernement cubain auprès des Etats-Unis et des Nations Unies ont été vaines. Après la disparition des pays socialistes au début des années 1990, la violence a augmenté au fur et à mesure que Cuba s'efforcait de développer le tourisme. Les mercenaires de Miami ont répondu par une violente campagne par laquelle ils entendaient dissuader des étrangers de se rendre sur l'île. Une bombe a été découverte dans un des aéroport de la Havane, d'autres ont été déposées dans des bus et dans des hôtels et un touriste italien a été tué. Des hôtels et installations touristiques ont été mitraillés depuis des vedettes venues de Miami. La mission des Cinq n'étaient pas d'obtrenir des secrets militaires étatsuniens, mais de surveiller les activités terroristes des mercenaires et d'en informer Cuba. Ils n'ont jamais été armés, ils n'ont jamais violé les règles de sécurité, ils n'ont jamais cherché ni obtenu la moindre information classée top secret. Ils n'ont fait de mal à personne et n'ont provoqué aucun dommage matériel.» Il conclu : «Pourtant, trois d'entre eux purgent une peine de détention à vie dans des prisions étatsuniennes et l'un des trois à même été condamné à deux peines de prison à peprétuité.»


Jérôme Skalski

http://les5.org ou http:/
http://www.freethefive.org/

Publié dans Liberté 62 n°864 page 8.

"LE DIALOGUE EST OUVERT"

Depuis le transfert...

LE LAIT TOURNE POUR LACTALIS NESTLE ULTRA FRAIS

Réclamant une somme d'environ 15 000 euros à titre de préjudice aux syndicalistes de la Confédération Paysanne qui avaient participé en 2004 à une action militante dans l'usine Nestlé de Cuincy, la société Lactalis-Nestlé Ultra Frais a été déboutée par le TGI de Douai.

Prélèvement de produits laitiers dans l'usine Nestlé de Cuincy près de Douai, distributions de tracts devant le siège de l'entreprise, distribution de ces produits dans les quartiers populaires de Lille... Pour avoir organisé et mené en décembre 2004, dans un cadre militant et syndical, une action de protestation contre la baisse du prix du lait payé par les industriels, baisse entraînant, pour les producteurs laitiers, en moyenne, une perte de revenu de 2500 euros par an, sept syndicalistes de la Confédération Paysanne du Nord et du Pas-de-Calais avaient été poursuivis et six d'entre eux condamnés, en mai 2008, à 800 euros d’amende pour «vol en réunion» – une relaxe, trois amendes fermes et trois avec sursis.

Une peine insuffisante pour Lactalis-Nestlé


Une peine insuffisante pour la société Lactalis-Nestlé Ultra Frais (LNUF) qui réclamait en outre une somme d'environ 15 000 euros à titre de préjudice. Après une audience devant le tribunal de grande instance de Douai au cours de laquelle la société LNUF demandait, dans le détail, 5000 euros pour les produits prélevés, 5000 euros à titre de dommages et intérêts pour trouble d’exploitation et 3 000 euros au titre de l’article 475-1 du code de procédure pénale, le jugement est tombé le 19 mai dernier déboutant la SA LNUF.

«Ce n'était pas nous les «voleurs»»

«Nous contestions la qualification de «vol» attaché par Lactalis-Nestlé à notre action syndicale explique Antoine Jean, porte parole régional de la Confédération Paysanne : «Etant donné leurs bénéfices, bénéfices faits sur le dos des producteurs et des salariés de l'usine, ce n'était pas nous les «voleurs». Ensuite, Lactalis-Nestlé n'a jamais su ammener d'élements probants devant le tribunal pour justifier le montant de sa demande.» «La société Lactalis-Nestlé compte-t-elle faire appel ? A considérer son acharnement contre notre action syndicale qualifée de «vol en réunion» par la justice, nous l'envisageons sérieusement» souligne-t-il.

Un véritable acharnement

A cet égard, à propos de cet «acharnement», l'actualité récente jette une certaine lumière sur cette «affaire». «Oui, c'est un véritable acharnement de la part de Nestlé Lactalis que nous subissons, avec un procureur de la République tout à fait à son écoute» souligne le porte parole régional de la Confédération Paysanne. «Nous mettons notre action en parallèle avec la mobilisation actuelle des producteurs de lait et à l'action actuelle de la FNSEA. Nous ne contestons pas du tout ce qui se fait mais nous sommes bien obligé de constater qu'il y a deux poids deux mesures. Aujourd'hui on voit des rayons de supermarché totalement vidés pour des dizaine de milliers d'euros. Dans une laiterie de l'Ile-et-Vilaine, récemment, 70 000 euros de dégats ont été constatés dans les bureaux d'une coopérative laitière. Des pneus sont brûlés devant des préfectures... Bref, des actions très dures. Leurs auteurs seront-ils poursuivi par la justice pour «vol en réunion»» ? C'est peu probable» souligne-t-il.

Deux poids deux mesures


«Il y a deux poids deux mesures. Pourquoi ?» s'interroge Antoine Jean : «Dans notre perspective, notre action visait à dénoncer la manière dont les multinationales s'emparent de la valeur ajoutée sur les produits laitiers sur le dos des producteurs mais aussi, nous insistons sur ce point, sur le dos des salariés. A travers notre action la direction de Nestlé visait explicitement des syndicalistes de l'usine de Cuincy et notamment ceux de la CGT, syndicalistes accusés par la direction d'avoir agit de connivences avec nous. Cet acharnement s'explique aussi parce que nous posons les vraies questions. Quand les producteurs de lait vont manifester en revendiquant un prix du lait acceptable, nous les approuvons. Mais, pour nous, telle quelle, cette revendication est insuffisante. Pourquoi en sommes nous arrivés là ? Pourquoi la grande distribution a-t-elle un tel poids ? Pourquoi le prix du lait est-il conditionné par l'exportation d'une partie des produits industriels dans le monde ? Si nous en sommes dans la situation actuelle c'est en partie du fait de la FNSEA qui gère l'inter-profession sans partage et qui n'a jamais remis en cause la maîtrise de la production. Par rapport au prix du lait, nous, nous tirons la sonnette d'alarme depuis deux ans. Depuis 2003, a été décidé, au niveau européen, la libéralisation de la production du lait en augmentant progressivement les quotas. Il y a un an, c'était l'euphorie, le prix du lait était élevé sur le marché mondial. Aujourd'hui, les prix se sont effondrés. La FNSEA mais aussi le gouvernement ont une très grosse responsabilité dans cette situation. Contrairement au syndicat majoritaire pour qui il faut une gestion privée de la production laitière, pour nous, il faut une gestion publique de la production laitière en Europe et en France.»



Jérôme Skalski

Publié dans Liberté 62 n°863 page 20.
Egalement publié dans La Terre du 2 au 8 juin 2009 page 11

MOBILISATION CONTRE LA PRECARITE DANS LES ECOLES

Répondant...

LES AKEBONO EN GREVE DEPUIS PLUS D'UNE SEMAINE

Mobilisés depuis le 12 mai, les salariés d'Akebono, entreprise implantée sur la zone industrielle arrageoise Artoipole et spécialisée dans la fabrication de plaquettes de freins automobiles, sont en grève. Une rencontre programmée mardi matin entre la CGT, FO et la CFDT et le directeur d'Akebono Europe n'a pas abouti.

Remettant en cause des baisses de salaires associées à la suppression par la direction d'Akebono d'une équipe de nuit - passage en 2X8 - et l'imposition de mesures de chômage partiel, au centre des revendications des salariés d'Akebono en lutte, une prime de 100 euros mensuels - l'équivalent du maintien des primes de postes de nuit supprimés par la direction - , le paiement à 75 % du chômage partiel imposé et le paiement des jours de grève. Devant l'usine, une banderole proclame : «Contre l'exploitation et le capitalisme, la lutte continue».

«Contre l'exploitation et le capitalisme, la lutte continue»


A titre de «concessions», «la direction nous propose de travailler sur quatre jours en 2x8 explique Alain Dubois de la CGT. Pour nous, il est hors de question de l'accepter.» Si la grande majorité des salariés d'Akebono sont mobilisés, quelques cadres sont sur les chaînes. «La boîte a même voulu faire travailler un jeune de 15 ans en stage découverte» s'indigne Alain Dubois. Mardi matin, la rencontre programmée entre le directeur d'Akebono Europe et les trois syndicats CGT, FO et CFDT n'a rien donnée. «Ils disent qu'ils n'ont pas d'argent en poche» explique Alain Dubois, un argument difficile à «avaler» par les salariés d'Akebono qui maintiennent leur piquet de grève. Face aux difficultés, un appel à la solidarité avec les salariés en lutte est lancé.

Jérôme Skalski

UN NOUVEAU SUCCES POUR LE SALON DU LIVRE D'EXPRESSION POPULAIRE ET DE CRITIQUE SOCIALE

Un peu plus d'une semaine après la tenue du 8ème Salon du livre d'expression populaire et de critique sociale organisé par Colères du présent à Arras le 1er mai dernier, les éléments d'un bilan de l'événément se font jour peu à peu.

Un succès indéniable pour ce qui est de la fréquentation et de la qualité du contact des auteurs présents avec le public. Un succès grandissant aussi en ce qui concerne l'intérêt porté au Salon avec, cette année, la présence de nombreux médias nationaux et un effort important de certains médias locaux – dont Liberté Hebdo et Liberté 62 en particulier - pour mieux le faire connaître et aprécier. Un succès aussi porté par la qualité des débats organisés et, précise Didier Andreau, président de l'association, du fait «du contexte politique, social et économique» dans lequel s'est inscrit le Salon.

Un succès grandissant

«Du point de vue de l'offre des débats, le Salon, cette année, se voulait plus politique encore que les années précédentes» souligne Didier Andreau. Et pour cause, avec, en ouverture, un débat sur le pluralisme de la presse organisé en partenariat avec L'Humanité et un autre sur l'actualité de la Palestine en présence de Leïla Shahid, déléguée générale de la Palestine auprès de l’Union Européenne, le «la», pour ainsi dire, du niveau des interventions et des discussions, était assez haut perché. Au sujet du débat de clôture sur le récent mouvement social des Antilles, «ce qui était très intéressant de mon point de vue témoigne Didier Andreau, c'est que nos amis du LKP ont rappelé l'ancrage historique de leur lutte, ses ressorts profonds avec le passé colonial et son unité, son extension et sa portée au-delà des revendications simplement catégorielles.»

Un événement préparé une année à l'avance

La satisfaction de l'association Colères du Présent à l'égard du succès du 8ème Salon du livre d'expression populaire et de critique sociale, loin de la faire se reposer, selon l'expression consacrée, sur ses lauriers, l'engage plus activement encore dans sa dynamique. Préparé une année à l'avance, résultat de la synergie de diverses initiatives , le Salon se prépare au lendemain même de son achèvement. Sa 9ème édition est en marche avec plusieurs rendez-vous fixés et différentes opérations d'ores et déjà engagés : la mise en place d'une université d'écriture populaire, la participation à l'espace livre de la fête de L'Humanité en septembre, une résidence d'auteurs jusqu'en octobre, la participation, en fin d'année au Salon du livre de La Réunion et à l'édition 2010 du Salon du livre de Saint-Louis du Sénégal, une attaque «littéraire» de la Banque de France dans la région de Béthune... Avant première pour l'édition 2009 du Salon du livre d'expression populaire et de critique sociale : plein feu sur le cinquantième anniversaire des indépendances africaines et sur le centième de la naissance de Jean Amila-Meckert.

Jérôme Skalski

www.coleresdupresent.com

AUX FEUX DE LA FORGE LORSQUE L'ACIER PREND L'AME

De fer et de Feu...

SIX JOURS D'ARRET DE PRODUCTION SUR LE SITE ARRAGEOIS DE HAWKER ENERSYS

L'annonce avait été faite en début d'année par la direction de Hawker Enersys, leader mondial des batteries industrielles . Pour faire «face à la crise», trois jours d'arrêt de la production étaient programmés les 4,11 et 22 mai. Pour le même motif avancé, baisse des commandes et baisse d'activité, trois jours supplémentaires viennent de s'y ajouter les 3, 6 et 10 avril.

AU total, six jours à prendre sur le «compteur» des salariés avec, en cours, une demande faite par la direction de Hawker de chômage partiel auprès de la direction départementale du Travail et de l'Emploi.Consultés, les délégués syndicaux CGT du Comité d'Entreprise se sont prononcés contre.

Mesures suspectes

«Nous sommes les victimes de la crise, ce n'est pas à nous à la payer» explique Jérôme Mariel de la CGT de Hawker Enersys. La baisse d'activité, sur le site arrageois de Hawker, se faire sentir depuis plusieurs années maintenant avec la délocalisation d'unités de production en Pologne et en Bulgarie. Cette situation, associée à l'annonce de bénéfices confortables pour l'entreprise, rend éminemment suspecte les mesures prises et, pour la CGT, inadmissible le recours au chômage partiel et aux jours d'arrêt de travail.

«La crise, c'est l'excuse»


«La crise, c'est l'excuse» souligne Serge Piedplat, secrétaire général de l'USTM-CGT du Pas-de-Calais : «L'an dernier, un plan de «départ volontaire», en fait un plan de licenciement déguisé, de plus de 90 personnes a été mis en oeuvre par la direction de Hawker en même temps que la fermeture d'une unité de production.
L'activité, en fait, a été délocalisé en Bulgarie. La direction fait valoir l'argument de la «crise» et de la baisse des commandes à Arras. En réalité, le groupe choisit en priorité le traitement des commandes par les sites de production situés dans les pays à faible coût de main d'oeuvre avec pour objectif de faire le maximum de profit.»

J.S.

vendredi 17 avril 2009

LE SERVICE PUBLIC SE MOBILISE


Enseignants, élèves, parents d'élèves, étudiants, chercheurs, le monde de l'éducation nationale, «de la maternelle à l'université», s'est mobilisé ce jeudi pour une nouvelle journée d'actions avec "1 000 manifestations et rassemblements" programmés partout en France.

Protestant notamment contre les suppressions de postes dans l'Education nationale (13 500 en 2009), l'Enseignement supérieur et la recherche (900 en 2009) et contre les réformes du statut des enseignants-chercheur, la masterisation des concours et la loi LRU, 25 organisations, dont les principaux syndicats enseignants ont organisé jeudi 02 avril, "1 000 manifestations et rassemblements devant les établissements scolaires, les universités et sur les places publiques". Les rendez-vous étaient surtout prévus en fin d'après-midi et en soirée "après l'école ou le travail", localement, avec des manifestations, des défilés , des pique-niques, des retraites aux flambeaux ou encore des opérations «nuit des écoles».
Neuvième semaine de mobilisation de l'université
Sur le front universitaire, à l'échelle nationale, sous l'impulsion notamment de la Coordination nationale des universités et d'une intersyndicale FSU, CGT, Solidaires, FO, Sauvons l'université, Sauvons la recherche et Unef, cette journée a marqué la neuvième semaine de mobilisation des enseignants-chercheurs, des personnels et des étudiants contre les réformes du gouvernement. Preuve d'une inscription du mouvement dans la durée, mercredi, sur 80 universités de France métropolitaine, une quarantaine d'établissements était en grève ou faisaient l'objet de blocage dont, en particulier les universités de Bordeaux III et IV, Avignon, Lille III, Paris I, III, V, VIII, X, XII, XIII, Bordeaux II, Lyon I et II, Clermont-Ferrand II, Dijon, Nice, Aix-Marseille I et III, Montpellier II, Toulon, Lille I, Lille II, Amiens, l'université d'Artois, du Littoral Côte d'Opale, Reims, Toulouse III, Caen, Le Havre, Orléans, Brest, Rouen, Tours, Besançon, Poitiers, Marne-la-Vallée et Saint-Etienne.
« Fac en danger, Artois lève-toi !»

Dans le département du Pas-de-Calais, à Arras, entre les Assemblées Générales du mercredi 25 mars et du 1er avril, différentes actions ont scandé la semaine de mobilisation universitaire avec notamment le déploiement sur le Beffroi d'une banderole de 20 mètres de long sur lequel était inscrit " Fac en danger, Artois lève-toi !", une manifestation en ville au cours de laquelle les étudiants ont brulé symboliquement les «réformes» en place publique, plusieurs conférences et un meeting de soutien au mouvement étudiant ayant rassemblé plus de 80 personnes représentants syndicats et partis politiques sur le campus. Un nouveau rendez-vous a été donné vendredi 03 avril à 18H00, amphi Churchill, «pour discuter à nouveau et évoquer les perspectives des mouvements sociaux» selon les termes du Comité d'action des étudiants arrageois. Au terme de l'AG du mercredi 1er avril, la reconduite du blocage de l'université a été votée avec 320 voix « pour » et 151 voix «contre». Une prochaine AG a été programée le jeudi 9 avril à 12H30, amphi Churchill.

J.S.

AVEC LES SALARIES EN LUTTE


Trois points étaient à l'ordre du jour du Comité Fédéral qui s'est déroulé vendredi 26 mars au siège départemental du PCF, la situation internationale et nationale, le plan de campagne des européennes avec une dizaine de rendez-vous fixés jusqu'au mois de juin ainsi que la question de la liste conduite par Jacky Hénin.

Dans son rapport introductif au débat, Hérvé Poly, secrétaire départemental de la Fédération, du PCF du Pas-de-Calais a tout d'abord salué la victoire aux élections présidentielles du FMLN au Salvador, victoire mettant un terme à vingt ans d'hégémonie de l'ARENA, le parti tristement célèbre des escadrons de la mort. «Certes le programme du FMLN est modéré a-t-il précisé, mais il a le soutient d'une base plus révolutionnaire qui réclame des changements fondamentaux. Une bonne nouvelle donc pour cette région du monde et pour Cuba qui résiste à l'impéralisme américain qui a toujours considéré ces pays comme son précarré.» Madagascar a fait ensuite l'objet de son intervention. «Bien loin d'un soulèvement populaire pour la démocratie comme le martèle les médias» ce pays qui, malgré un taux de croissance de près de 6% en 2007, voit 70% de sa population vivre avec moins d'un dollar par jour et plus de 59% de sa population souffrir de malnutrition chronique, «conséquences de la politique de prescriptions néo libérales du FMI», est actuellement au centre d'une lutte d'influence entre les Etats-unis et la France.

La crise actuelle prétexte et moyen pour les grands groupes à des restructurations pour maintenir le niveau élevé des dividendes


«L'actualité de ces prochains jours, a souligne Hérvé Poly c'est le sommet du G20 à Londres où les grands de ce monde vont tenter de laisser croire à un nouveau Bretton Woods, ou l'on refonderait le capitalisme, voire ou l'on le moraliserait, pour tromper les peuples», opération de communication à mettre en rapport avec celle, en France, de Nicolas Sarkosy sur les «parachutes dorés». «Nous savons bien que la montagne accouchera d'une souris a-t-il prévenu. Les discours optimiste d'une sortie de crise venu des Etats-Unis n'ont qu'un seul but faire oublier la crise actuelle prétexte et moyen pour les grands groupes à des restructurations pour maintenir le niveau élevé des dividendes. La casse de l'emploi étant pour les multinationales la seule variale d'ajustement utilisé pour maintenir leurs profits.» Car la crise n'est pas derrière nous a précisé Hervé Poly, «les chiffres du chômage du mois de février le confirme avec 80.000 chômeurs de plus en février après un mois de janvier record de 90.000 chômeurs. En 2 mois cela représente pas moins de 170.000 chômeurs.»

Une bataille idéologique d'ampleur est engagée

Cette situation doit mettre les communistes en alerte. Une bataille idéologique d'ampleur est engagée par les tenants du capital pour maintenir et développer, malgré la crise, et avec son aide, le système actuel et sa libéralisation. «Bruxelles demande à la France que dès 2010 notre pays revienne à l'objectif du pacte de stabilité de 3%, le plus vite possible a insisté Hervé Poly : «Ce dogme de la réduction de la dépense publique lié au traité de Maastricht est la conséquence directe du non remplacement d'un fonctionnaire sur deux, de la baisse des moyens pour l'école, de la recherche et de la santé voué à la marchandisation avec la réforme Bachelot sur l'hôpital.»
Dans cette bataille, le capital n'a pas partie gagnée. Partout en Europe des luttes se développent, en France mais aussi en Grèce et dans d'autres pays. La chute du gouvernement Tchèque qui assure la présidence de l'Union Européenne sur fond de ratification du traité de Lisbonne avec un sénat hostile est aussi un des éléments importants qui doivent être intégrer dans la campagne des européennes.

Faire le lien entre la politique de Nicolas Sarkozy et celle de Bruxelles, politique nationale et européenne

«Autre élément a-t-il fait remarquer, celui de la menace qui pèsent sur les services sociaux d'intérêts général (SSIG) qui concerne le logement social, l'aide à l'enfance, l'aide à la personne en difficulté et qui sont aujourd'hui sous la menace d'une bombe à retardement, car demain ils pourraient être soumis aux mêmes règles de concurrence que n'importe quelle entreprise privée, après la libéralisation des secteur de l'énergie, des télécoms, des services postaux ou des transports. Il faut savoir que depuis trois ans notre groupe, le groupe GUE au parlement européen, se bat pour la mise en place d'une directive permettant de mettre à l'abri ces services des règles du marché, refus de Bruxelles. Les SSIG sont un secteur alléchants pour les financiers, il draine 1400 milliards d'euros annuels. Bruxelles tente de répondre qu'une telle directive que nous défendons est contraire au traité de Lisbonne. Raison de plus d'ouvrir le débat public sur cette question comme nous l'avions fait avec la directive Bolkestein qui d'ailleurs dans sa nouvelle version de libéralisation des services doit être transposé dans le droit français (...) Il y aussi l'avenir des maternelles transformé en jardin d'enfants, la privatisation des gares au nom de la concurrence libre et non faussée, l'ouverture à la concurrence du trafic passagers ferroviaire au nom d'une directive européenne. La LRU, l'autonomie des universités directement inspirée du Sommet de Lisbonne cosigné par Jospin et Chirac de faire de l'Europe : l'économie de la connaissance la plus compétitive du monde. »
Partant de ce point, Hervé Poly a insisté sur la nécessité, dans la campagne européenne, de faire le lien entre la politique de Nicolas Sarkozy et celle de Bruxelles, politique nationale et européenne ainsi que la double implication du PPE (la droite européenne) et du PSE (Parti socialiste européen) dans l'élaboration de cette dernière.

Porter la colère de notre peuple, être à l'offensive


«Nous devons dans le même temps porter la colère de notre peuple a-t-il conclu, colère qui s'exprime dans les entreprises en proie aux plans de licenciements, aux fermetures de site. La victoire en Guadeloupe et en Martinique, le succès des manif du 29 janvier, et surtout du 19 mars appelle de notre part à amplifier notre présence, à développer nos idées et nos propositions. C'est le sens des diverses propositions de loi sur la taxation des dividendes comme l'a fait Alain Bocquet, sur les licenciements comme le fait Marie-Georges Buffet, ou encore la réactualisation par le groupe au Sénat sur les fonds publics. Dans ce rapport de force avec le gouvernement en place nous ne sommes pas en manque d'initiative. Dans toutes nos rencontres avec les salariés en lutte nous devons porter des propositions concrètes pour le monde du travail. Dans les différentes rencontres que nous allons avoir dans le cadre des européennes nous devons populariser ses propositions qui nous permettent de dépasser les simples slogans et formules incantatoires. Sur toutes ces questions nous devons être à l'offensive.»

Après avoir exposé le plan de campagne du PCF pour les européennes avec une dizaine de rendez-vous militants dans le département ainsi que les motifs d'une motion proposée au vote du CF pour accélérer et optimiser l'engagement des communistes en faveur de la liste conduite par Jacky Hénin, un débat s'est engagé qui a donné lieu à divers éclaircissement ainsi qu'au vote de la motion précédemment évoqué à une quasi-unanimité.

J.S.

«LA SOLIDARITÉ QUE NOUS PRATIQUONS AVEC CUBA N’EST PAS À SENS UNIQUE»



A l'occasion du débat sur l'émergence du socialisme en Amérique latine qui s'est déroulé, dans le cadre de la fête de la section des communistes de l'Arrageois, le 15 mars dernier en présence d'Ernesto Rey Pino, premier secrétaire de l’ambassade de Cuba en France, Liberté 62 s'est entretenu avec Laurent Baraffe, président du Comité France-Cuba Pas-de-Calais.

Liberté 62 : «Que pouvons-nous apprendre de Cuba et du peuple cubain ?»

Laurent Baraffe : «Les débats et les échanges que nous entretenons avec nos camarades cubains sont l'occasion de mieux prendre contact avec la réalité cubaine mais aussi d'échanger et de mettre en perspective notre propre réalité sociale et politique, par contraste et, grâce à ces échanges de vues, par ce que leur regard nous apprend sur nous-même. Ils nous impliquent mieux encore dans notre propre vie politique et sociale. La solidarité que nous pratiquons avec Cuba n’est pas à sens unique. L'internationalisme, la solidarité interntionaliste est une solidarité réciproque qui loin de nous éloigner, nous rapproche de notre combat quotidien. Au nom de France-Cuba Pas-de-Calais, je tiens à remercier notre camarade Ernesto Rey Pino, premier secrétaire de l’ambassade de Cuba en France d’avoir fait le déplacement pour ce débat.»

Liberté 62 : «Mais pourquoi Cuba pour le combat internationaliste ?»


Laurent Baraffe : «Il faut souligner l'intérêt particulier que nous portons au peuple cubain qui par son courage, son esprit de résistance et son effort constructif est une stimulation pour nous et un exemple. Dans la réalité cubaine, nombreux sont les caractères positifs qui peuvent et doivent nous inspirer. Par exemple, ainsi que l'a montré le film projeté avant le débat, l'éducation, la culture et la santé sont gratuites à Cuba et accessibles à tous. Le peuple cubain n'a pas une vision étroite des choses. Son projet est centré sur l'homme, le progrès, le souci collectif et la solidarité.»

Liberté 62 : «Quel message pour France-Cuba Pas-de-Calais ?»


Laurent Baraffe : «Nous incitons le plus grand nombre à nous rejoindre et à prendre part à notre association, à participer à nos initiatives et à nos manifestations. Par ce biais, à mettre en oeuvre un internationalisme concret, solidaire, prolétarien, et à créer le maximun de base de lutte dans notre combat commun pour renverser la société capitaliste et à son système.»

J.S.

Pour tout renseignement, contacter le siège du Comité France-Cuba Pas-de-Calais, 1 place Victor Hugo, 62 000 Arras – Tel. 03 21 71 26 85.