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mardi 30 mars 2010

LE SALON DU LIVRE DU PREMIER MAI PRESENTE SA NEUVIEME EDITION


Au pied du socle d'argent sur lequel la représentation d'un Monsieur Phynance est transpercée de part en part au moyen d'un crayon, un ouvrier s'adonne au plaisir de lire et de s'instruire. Tel est le dessin offert par Berth à Colères du Présent. Parce que la culture n'est pas réservée à une élite et ne s'adresse pas qu'à une élite, le neuvième Salon du livre d'expression populaire et de critique sociale qui se déroulera à Arras le premier mai prochain, cent-trentième anniversaire de la «journée internationale des travailleurs», sera placée par l'association de lutte contre l'exclusion culturelle sous le signe du cinquantenaire des indépendances de l'Afrique sub-saharienne .

C'est à l'Office culturel d'Arras que s'est déroulé, mercredi 3 mars en soirée, la conférence de présentation du prochain Salon du livre d'expression populaire et de critique sociale qui sera organisé pour la neuvième fois cette année par l'association Colères du présent, le 1er mai, dans les rues de la capitale du Pas-de-Calais. A l'honneur, le centenaire de Jean-Amila-Mekert ainsi que le cinquantenaire de l'indépendance des anciennes colonies françaises d'Afrique sub-saharienne.

Coup de projecteur sur le Roman noir

Jean-Amila-Meckert, père du roman noir français, vera ainsi son nom associé, non seulement au prix littéraire qui depuis 2005 récompense le meilleur ouvrage d'expression populaire et de critique sociale de l'année mais aussi à un «coup de projecteur» jeté sur ses pairs et continuateurs, entre autres, Frédéric H. Fajardie – à qui sera consacré une exposition coordonnée par Jérôme Leroy à la Médiathèque d'Arras - et Dashiell Hammett. Représentant cette catégorie de fictions qui entend se nourrir de l'univers de l'actualité politique et sociale pour rendre compte des problèmatiques quelque fois douloureuses qu'il explore, le Roman noir sera représenté par de nombreux auteurs invités dont Jean-Bernard Pouy, Ricardo Montserrat et Caryl Ferey, lauréat du Prix Amila-Meckert 2009. Il sera aussi au centre de divers débats et manifestations.

«Cinquante ans après les indépendances, où en est l'Afrique ?»


C'est avec la question « Cinquante ans après les indépendances, où en est l'Afrique ?» que s'engagera le deuxième grand débat de la neuvième édition du Salon du livre d'expression populaire et de critique sociale, à 15 h 30, à la Salle des concerts du théâtre d'Arras. «L'activité internationale n'est pas pour nous un gadget a expliqué à ce sujet Didier Andreau, président de Colères du Présent : «Il faut le rapeler, le 1er mai est la journée internationale des travailleurs. Compte tenu de l'actualité, ce débat sera organisé en partenariat avec le Secours populaire qui va se mobiliser et fera intervenir un membre de l'association spécialiste des questions de «solidarité internationale» par opposition avec le sentiment et les pratiques «humanitaire» qui animent de trop nombreuses ONG en Afrique. A ce débat qui sera relayé par les Amis de l'Humanité interviendront aussi Sayouba Traoré, écrivain burkinabé et journaliste à RFI, Tiécoura Traoré, syndicaliste cheminot malien, Charles Camara, écrivain sénégalais et organisateur, avec Colère du Présent, de la Fête internationale et itinérante du livre d’expression populaire et de critique sociale qui se déroule, une année sur deux, à Saint-Louis du Sénégal et peut-être, nous l'espons, Aminata Traoré ancienne ministre de la culture du Mali : une grande dame qui a beaucoup à dire sur cette question.»
«Ce partenariat avec Colères du présent a précisé Christian Lampin, directeur de la fédération du Pas-de-Calais et membre du Bureau national du Secours populaire français est pour nous de faire en sorte de réunir le maximum de personnes bénéficiaires de l'association, au-delà de nos interventions en urgence et notamment sur l'alimentaire, pour montrer que la culture ça change la vie. C'est pour nous l'occasion d'amener des personnes qui sont exclues de l'accès à la culture sur le Salon du livre.» Invité attendu, Julien Lauprêtre, président du Secours populaire français.

Lutter contre l'exclusion et le préjugé

De nombreux autres débats – la grande braderie des services publics, l'appel des appels, la hausse des émeutes à travers le monde, le droits des étrangers...-, une foule de spectacles d'accès libre – théâtre, arts de la rue, slam sessions, expositions, performances, concerts, lecture de contes...- et près d'une centaine d'auteurs présents venant à la rencontre des lecteurs dans des domaines aussi divers que le roman, les sciences humaines et sociales, le journalisme, la littérature jeunesse ou encore la bande dessinée - avec, notamment, Charb, Berth, Cabu et Babouse -, la neuvième éditions du Salon du livre d'expression populaire et de critique sociale sera, cette année encore, une occasion de se ressourcer à ce que la «culture» a de meilleur à offrir, sans exclusive et préjugé, dans sa lutte contre l'exclusion et le préjugé.
Pour le programme complet de l'événement ainsi que sur les initiatives qui se dérouleront à sa périphérie - dont, notamment, celle de la semaine de formation à l'écriture collective de l'Université populaire internationale d'expression populaire et de critique sociale qui se déroulera du 26 au 30 avril prochain -, renseignements complets sur le site de Colères du Présent : http://www.coleresdupresent.com/. Autre fait à souligner : le Salon du 1er mai 2010 sera aussi dédié à Salah Hamouri, jeune compatriote franco-palestinien injustement incarcéré depuis 5 ans en Israël.

Jérôme Skalski

Publié dans Liberté 62 n°904

samedi 13 février 2010

UN PROJET D'ENVERGURE POUR LES F2M



Associés à Colères du Présent, le groupe de Rap F2M recoit Casey et le collectif Zone Libre pour animer un atelier d'écriture dans les quartiers ouest d'Arras. En préparation, un concert performance pour le prochain Salon du livre d'expression populaire et de critique sociale qui se déroulera, le premier mai prochain, dans la capitale du Pas-de-Calais.

Plusieurs années de «galère» se sont passées suite à la fermeture du studio d'enregistrement des Hochettes, fermeture resentie à l'époque comme une «punition collective» prise à l'encontre des jeunes des quatiers ouest d'Arras. Placés sous la responsabilité de COPIRATE, association composée de graffeurs, de rappeurs et d'acteurs sociaux réunis dans le but de promouvoir les artistes de la scène urbaine ainsi que d'AMSTERBLAM'S, association et label de Hip-Hop, il a enfin réouvert ses portes, après trois ans, à la Maison de Quartier Colucci d'Arras en septembre 2009. A l'origine de ce retournement de situation, les efforts, entre autres, des membres du groupe de Rap F2M, artistes engagés par ailleurs dans un projet d'envergure avec l'association Colères du Présent.

Retournement de situation

«C'est peu de temps avant la création d'AMSTERBLAM'S que nous avons pris contact avec les jeunes du groupe F2M explique de Didier Andreau, président de Colères du Présent : «Leur démarche nous intéressait. Nous nous sommes dit qu'il était possible que nous fassions quelque choses ensemble. Après plusieurs rencontres, nous leur avons proposé de venir se produire sur le pôle des musiques alternatives du Salon du livre du 1er mai 2009 et depuis, les projets s'enchaînent.»

«Pour nous, c'était l'expérience d'un brassage des cultures»

«Pour nous, c'était l'expérience d'un brassage des cultures. Tout le monde a accroché avec le public» explique Zinedine, membre des F2M à propos du concert du 1er mai dernier. «Après, avec Will's [chanteur du groupe ndlr] , nous nous sommes allés, avec Colère du Présent, à la Fête Internationale du livre d’expression populaire et de critique sociale sur l'Île de La Rénion. Nous avons participé àdes ateliers d'ériture, nous avons fait quelques scènes dans les quartiers. Avec Charb, Babouse, les érivains qui éaient avec nous, nous nous étions les rappeurs du groupe : le courant est très bien passé.» Une expérience qui s'est renouvelé pour Zinédine, à Saint-Louis du Sénéal, en compagnie de Omar, un autre membre des F2M.
«Suite à cette collaboration, nous nous sommes dit qu'il fallait continuer souligne Didier Andreau : «Après en avoir parlé entre nous, l'idée de lancer, pour 2010, un atelier d'écriture sur le quartier s'est imposé. Du côté de Colères du Présent, nous avons engagé des démarches pour organiser, événtuellement, une résidence et faire accompagner cet atelier par des rappeurs pros.»

Du «lourd»

Aussitôt dit, aussitôt fait. Le réseau de Colères du Présent à joué à plein. La rappeuse Casey et le groupe Zone libre, plus qu'intéressés par la démarche engagée, ont rejoint le projet. Une présence périodique de Casey par animer l'atelier d'écriture avec les jeunes du quartier dans le studio de la Maison Colucci et une résidence pour préparer avec les F2M un concert avec Zone Libre pour le prochain Salon du Livre d'expression populaire et de critique sociale sont d'ores et déjà engagées. Un programme plus que sérieux. Du «lourd» pour les F2M et les jeunes des quartiers ouest d'Arras.

Jérôme Skalski


"Dans le Rap, il y a des choses qui sont universelles"


Si vous lui parlez de «star» du Rap, il est probable que vous passiez un fichu quart d'heure avec Casey. Pas une «star», Casey. Et pourtant, du talent, la rappeuse en a à revendre. Oui, mais «pas à vendre». Choses dites, à l'occasion de la participation de Casey à l'atelier d'écriture des jeunes des quartiers ouest d'Arras au studio des Hochettes en janvier dernier.

«Sur l'atelier d'écriture, je dirais que, pour moi, le Rap n'est pas quelque chose qui s'enseigne. C'est une rencontre. Ce que tu apprends, tu l'apprends avec le temps. Ce que je leurs dit, aux jeunes, ici, ils l'auraient peut-être trouvé seuls. Pour moi, cela a pris du temps avant de le comprendre. Si on m'avait dit telle ou telle chose quand j'étais plus jeune, je me serais moins pris la tête sur des trucs que je ne comprenais pas. Pourquoi mon texte sonne bizarre, par exemple.
Dans le Rap, il y a des choses qui sont universelles : les rimes, les temps... Si tu peux leur expliquer, alors c'est parfait. Après, sur le reste, sur ce que tu a envie d'écrire, sur ce que tu écris, chacun vas trouver son truc à lui. Quand tu es jeunes tu te cherches. Pour moi, mes premiers textes, c'était du n'importe quoi : trop de mimétisme. Quand tu es jeune, tu as du mal à trouver ta singularité. Cela vient avec le temps. Au début, bien sûr, tu es dans la reproduction. C'est normal. C'est ce qu'il y a de plus rassurant. Après, tu développes ton propre propre souffle, ta propre voix, ta propre manière de dire.
Dans un atelier comme celui-là où tu es avec des plus jeunes : c'est mortel. Des jeunes, ça se trompe. Ça sait des trucs sans savoir. Ça affirme des choses sans connaître. Mais c'est ça, «être jeune». En même temps, tu as toute latitude pour apprendre et puis comprendre deux ou trois choses. Ce n'est pas vrai seulement pour le Rap mais pour la vie en général. Dans le fond, au-delà de faire du Rap, ici, on réfléchit à qu'est-ce que c'est qu'écrire. Pour moi, dans cet atelier, le Rap est un alibi. Je suis un alibi pour qu'on fasse du français pas pour devenir rappeur. Un alibi pour faire plein d'autres choses. Ce qui est important, c'est que les jeunes sachent écrire, qu'ils parlent correctement. Les vraies armes qui t'aident dans la vie, c'est d'avoir un peu d'éducation, d'avoir des bagages, pas de faire du Rap. Après, avoir près de soi quelqu'un qui fait du Rap, cela peut donner confiance.»

Publié dans Liberté 62 n°900