samedi 26 décembre 2009

CONFERENCE DE PRESSE A TROIS VOIX SUR L'HOPITAL DE BAPAUME

Au lendemain d'un Conseil d'Administration (CA) de rentrée du Centre Hospitalier de Bapaume (CHB) placé sous le signe de la «crise» suite à la mise en exergue d'un déficit chronique de l'établissement public de 1,5 millions d'euros par un audit commandé par Jean-Paul Delevoye, maire de Bapaume et président du CA du CHB, Michel Carré, secrétaire de la CGT du CHB, Denis Gaillet, président de l'association Pour Bapaume ainsi qu'Ahmed Berami, médecin chef de pôle et president de la Commission Médicale d'Etablissement (CME) du CHB, ont interpelé la population bapalmoise au cours d'une conférence de presse qui les a réunis dans une salle de l'hôpital.

Sur le mur de cette salle dans laquelle Michel Carré, Denis Gaillet, et Ahmed Berami s'exprimaient ensemble devant la presse, l'image prometteuse du récent projet de développement de hôpital de Bapaume, image formant un contraste saisissant avec les sombres perspectives projetées aujourd'hui sur son avenir par sa direction et ses tutelles.

Le personnel vit très mal ce qui se passe

«Autant on avait, récemment encore, des projets ambitieux pour le CHB, autant, actuellement, le personnel vit très mal ce qui se passe avec des menaces qui se sont accumulées du jour au lendemain» a souligné Michel Carré, délégué CGT du personnel du CHB, au cours de son intervention. «Pendant le CA qui vient de se dérouler, nous n'avons rien appris de plus que ce que nous savions déjà» a précisé le syndicaliste. «Pour la CGT, a-t-il continué , le déficit mis en avant pour l'hôpital de Bapaume reste une excuse pour arriver à quelque chose d'autre». «Quelques pistes ont été évoquées pour faire des économies avec, par exemple, l'abandon de la vidéosurveillance, le transfert de la maintenance informatique et la résiliations d'abonnements de journaux. En tout, 300 000 euros d'économies. De quelque manière que les choses tournent, pour nous, une chose reste une priorité pour la CGT : ces 300 000 euros d'économies doive servir à conserver de l'humain et à préserver l'emplois au CHB» a insisté Michel Carré.

Une forte inquiétude de la part de la population


Intervenant pour sa part en tant que président de l'association Pour Bapaume, Denis Gaillet, a tout d'abord évoqué le succès rencontré par la pétition lancée par son association pour sauver le CHB, pétition ayant recueilli près 400 signatures en quelques jours. «Il y a une forte inquiétude de la part de la population quant à la disparition éventuelle de certains services de l'hôpital» a-t-il souligné. «Pour nous, si l'hôpital de Bapaume disparaît, en partie ou en totalité, c'est une catastrophe en terme d'attractivité pour la ville entière, ses habitants et son territoire» a-t-il continué.

Le Nord-Pas-de-Calais, «une des régions les plus sinistrées de France au niveau médical»


Rappelant certains chiffres concernant la santé dans la région Nord-Pas-de-Calais, «une des régions les plus sinistrées de France au niveau médical», Denis Gaillet a ensuite insisté sur l'incompréhension engendré par les menaces pesant sur l'hôpital de Bapaume , un hôpital reconnu pour la qualité de son accueil par ses usagers. «Avant de penser à des plans de retour à l'équilibre, il faut penser aux besoins de la population sur le territoire» a-t-il poursuivi : «Le maintien de l'hôpital et des services de proximité est pour nous un symbole fort. C'est une question d'égalité d'accès aux soins pour tous et de défense du milieu rural.» «Il y a deux tiers des hôpitaux qui son endéficit a-t-il conclu. La raison principale de ce fait, c'est l'asphyxie des hôpitaux publics. Il y a une volonté de la part des pouvoirs publics pour, tout doucement, les privatiser et instaurer une santé à deux vitesses.»

Un point de vue médical

Une analyse tempérée par Ahmed Berami, médecin chef de pôle et president de la CME du CHB qui entendait ne fonder son jugement que sur les faits positivement établis. «Moi, je parlerais en prenant la question d'un point de vue médical» a-t-il déclaré : «Avant de proposer un traitement, il faut établir un diagnostic. Nous ne voulons pas entrer dans la polémique des chiffres mais, jusqu'à présent, nous n'avons pas une analyse fine de la situation financière de l'hôpital. Cette analyse fine, nous l'attendons tous.»
Décrivant les services du CHB, «un hôpital de proximité qui remplit totalement sa fonction d'hôpital de proximité» avec un service d'accueil de jour et de nuit assurant une présence médicale 24 heures sur 24 sécurisant l'établissement sur le plan sanitaire et quatre grandes filières : une filière gériatrique pour des «patients âgés qui ont beaucoup de difficultés à domicile et qui sont contents d'avoir un service de médecine qui peut les accueillir dans des conditions de prise en charge de qualité avec une grande humanité ainsi qu'un personnel vraiment très dévoué à sa mission», une filière de soins palliatifs avec dix lits identifiés et une équipe mobile reconnue pour faire «du bon boulot», une filière en adictologie et enfin une filière de médecine générale, Ahmed Berami a souligné : «Nous avons un hôpital ouvert son environnement et vraiment bien ancrée dans le territoire. Comme dans de nombreux hôpitaux publics, nous travaillons souvent à flux tendus mais ce qui est indéniable, c'est qu'il y a un travail de qualité auprès des patients qui a été reconnus par les experts de la haute autorité de soins et un bel outil que nous devons le préserver dans cette ville.»

Expectative


«Est-ce qu'il y a des services qui sont menacés ?» s'est-il interrogé : «Nous ne le savons pas encore. Nous ne le savons pas parce qu'à la sortie du CA, nous, ce que nous avons compris, c'est qu'il n'y avait encore aucune décision de prise». Interrogé concernant le déficit, le president de la CME du CHB a précisé et insisté : «Dans le détail, si je prends les 26 lits de médecine que nous avons au CHB, ces 26 lits sont excédentaires. Il y a des consultations externes programmées qui coûteraient, je parle au conditionnel, 700 000 euros. Sur ce point, nous avons besoin de faire une analyse financière fine pour essayer de comprendre. C'est la première étape avant de proposer quoi que ce soit.» Sortant du plan de l'analyse pour renter dans celui de la conjecture, Ahmed Berami a conclu : «D'après les bruits qui courrent, les consultations externes risquent d'être supprimées. Nous, nous sommes très étonnés de cela parce que c'est un service qui rend d'énormes services et s'avère être un service de proximité très intéressant et très important pour les gens. Pour ce que nous savons de l'origine du déficit, lorsqu'on a installé le service de psychiatrie qui a ouvert en 2004, celui-ci n'avait de dotation que pour six mois. Nous nous sommes donc retrouvé avec un déficit chronique de 500 millions d'euros tous les ans qui s'est ajouté à celui engendré par d'autres sous-dotations.»
Sur cet aspect de la question, le représentant CGT du personnel du CHB a été plus précis rappellant, chiffres à l'appui, les analyses faites par son syndicat sur la base de comptes rendus officiels des CA et des Comités Techniques d'Etablissement du CHB depuis cinq ans. Il a été plus incisif aussi insistant sur le fait que les services logistiques de l'hôpital de Bapaume étaient d'ores et déjà en voie d'externalisation. La défense de l'emploi étant en premier lieu, a insisté Michel Carré, le point de focalisation de la mobilisation CGT du CHB.

Jérôme Skalski


Dans le cadre de la Commission de l'Organisation de la Permanence des Soins (COPS) du CHB, le président de la CME du CHB vient de donner son accord pour abandonner les gardes de nuit et les transformer en astreintes volontaires. Départ, pour l'instant non compensés, de certains médecins, restriction de l'amplitude horaire des accueils non programmés à compter du 1er décembre... Deux événements qui, menaçant le coeur de l'activité médicale du CHB, semblent signer, en catimini, la mise à mort de l'hôpital de Bapaume.

Publié dans Liberté 62 n°890 p.8

http://www.liberte62.com/article-liberte-62-n-890-40810395.html

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